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Expertise Sectorielle

Marché des langues 2026 : quelle place pour le français ?

Synthèse

  • Le marché mondial de l’apprentissage des langues pèse 101,5 Md$ en 2026 et vise 649 Md$ en 2035 (+22,9 %/an).
  • Le français reste la 2e langue étrangère la plus apprise au monde, avec près de 170 millions d’apprenants.
  • La Journée européenne des langues du 26 septembre rappelle un enjeu de fond : la visibilité du français dans un marché qui double.

Un marché des langues qui double, et un français qui doit défendre sa part

Un chiffre devrait tenir en éveil toute personne qui dirige une école de FLE cette rentrée : le marché mondial de l’apprentissage des langues pèse déjà 101,5 milliards de dollars en 2026 et pourrait atteindre 649 milliards en 2035, soit une croissance annuelle de près de 23 %. En dix ans à la tête d’un groupe d’écoles de FLE, je n’avais jamais vu un tel emballement de la demande — ni une telle concentration de la valeur entre quelques plateformes. La question n’est plus de savoir si le marché grossit. Elle est de savoir qui capte cette croissance, et à quelles conditions le français y garde une place à sa mesure.

Car la donnée est double. D’un côté, le français est la 4e langue la plus parlée au monde avec 396 millions de locuteurs et la 2e langue étrangère la plus apprise, avec près de 170 millions d’apprenants selon le rapport 2026 de l’OIF. De l’autre, la valeur économique se déplace vers des écosystèmes anglo-saxons des langues qui industrialisent l’apprentissage à coups d’abonnements et d’IA. Le 26 septembre, la Journée européenne des langues célèbre le plurilinguisme sous le mot d’ordre « les langues unissent ». Belle intention. Mais derrière la fête, il y a un marché, et ce marché ne fait pas de cadeau aux langues qui ne se structurent pas.

Ce que 101 milliards de dollars racontent vraiment

Ce que je lis dans ces chiffres, c’est un basculement de nature. Pendant des décennies, l’apprentissage d’une langue était un marché de services : des écoles, des professeurs, des heures de cours. Aujourd’hui, c’est devenu un marché de produits numériques scalables, où la marge se fait sur la technologie, pas sur l’heure de face-à-face. Duolingo, EF Education First, Berlitz, Busuu : les cinq premiers acteurs mondiaux ne vendent pas d’abord des professeurs, ils vendent des plateformes. Et l’Europe, qui représente environ 25 % du marché, tire cette croissance par la formation en entreprise et l’apprentissage en ligne.

Le paradoxe du français

Le français a un actif que peu de langues possèdent : une demande démographiquement portée par l’Afrique, où l’OIF projette près de neuf locuteurs sur dix d’ici 2050. Mais un actif démographique n’est pas une part de marché. Si les 170 millions d’apprenants de français se forment demain sur des plateformes mondiales généralistes conçues ailleurs, avec des contenus et des données qui échappent à l’écosystème francophone, alors le français aura les apprenants et les autres auront la valeur. C’est exactement le piège que je veux nommer : confondre le rayonnement d’une langue avec la souveraineté de son enseignement.

La réponse : structurer l’offre francophone, pas seulement la célébrer

Une Journée européenne des langues ne suffira pas. Ce que le secteur du FLE doit faire de ces 101 milliards, c’est en capter une part en construisant une offre à la hauteur : des outils d’évaluation fiables comme Test-FR, des dispositifs pédagogiques qui intègrent nativement l’IA, et une capacité à démontrer la qualité — pas seulement à la promettre. C’est tout le sens de l’Enseignement FLE Augmenté que je défends : placer l’IA dans les bras des professeurs pour démultiplier leur expertise, et non les remplacer par un moteur généraliste. Le marché récompensera les acteurs capables d’allier expertise sectorielle et technologie, pas ceux qui subissent l’un ou l’autre.

Concrètement, capter cette part passe par trois leviers que j’observe à l’œuvre chez les acteurs qui tirent leur épingle du jeu. Le premier, c’est la spécialisation : là où les plateformes de masse proposent un français « générique », les écoles qui gagnent segmentent — français de l’intégration, français des affaires, préparation aux études, français sur objectifs spécifiques. Le deuxième, c’est la certification et la mesure : dans un marché où les financeurs (entreprises, États, particuliers) paient de plus en plus pour un résultat, savoir prouver la progression d’un apprenant devient un avantage compétitif décisif. Le troisième, c’est la maîtrise de la donnée pédagogique : chaque interaction d’apprentissage produit de l’information, et celui qui la possède peut améliorer ses parcours en continu. C’est exactement là que se joue la souveraineté de l’enseignement du français.

Le rôle des données et de la certification francophone

On sous-estime ce dernier point, et c’est une erreur stratégique majeure. Quand 170 millions d’apprenants s’entraînent sur des plateformes conçues dans des écosystèmes anglo-saxons des langues, ce ne sont pas seulement des abonnements qui partent : ce sont des milliards de traces d’apprentissage sur la langue française qui alimentent des modèles que nous ne contrôlons pas. Or ces données sont le carburant de l’IA de demain. Une souveraineté de l’enseignement du français qui ne pense pas la donnée est une souveraineté de façade. C’est pourquoi je plaide, depuis des années, pour des dispositifs francophones d’évaluation et de suivi — un outil comme Test-FR n’est pas seulement un service, c’est une brique de souveraineté. Le jour où l’écosystème francophone évaluera, formera et pilotera avec ses propres outils, il aura transformé un actif démographique en véritable part de marché.

Tableau synthétique

Signal 2026 Opportunité pour le FLE Risque si l’on ne fait rien
Marché mondial des langues à 101,5 Md$ (+22,9 %/an) Capter une part de la croissance francophone La valeur part vers les plateformes non spécialisées
170 M d’apprenants de français (2e langue apprise) Base de demande solide et internationale Apprenants formés hors de l’écosystème francophone
Poussée démographique africaine (9 locuteurs/10 en 2050) Marché émergent structurant Actif démographique sans part de marché
Europe = 25 % du marché, tirée par l’entreprise Français des affaires, FOS, formation continue Segments captés par les acteurs de masse
Journée européenne des langues (26 sept.) Visibilité et communication sectorielle Célébrer la langue sans structurer l’offre

FAQ : le français dans le marché mondial des langues

Quelle est la taille du marché mondial de l’apprentissage des langues en 2026 ?

Il est estimé à 101,5 milliards de dollars en 2026, avec une projection à 649 milliards en 2035, soit une croissance annuelle composée d’environ 22,9 %. C’est l’un des marchés éducatifs les plus dynamiques.

Le français est-il une langue en croissance ?

Oui. Avec 396 millions de locuteurs, le français est la 4e langue la plus parlée au monde et la 2e langue étrangère la plus apprise, avec près de 170 millions d’apprenants. Sa croissance est portée par l’Afrique.

Pourquoi parler de souveraineté pour l’enseignement du français ?

Parce qu’avoir des apprenants ne suffit pas : encore faut-il que la valeur, les données et les outils restent dans l’écosystème francophone. C’est la différence entre le rayonnement d’une langue et la maîtrise de son enseignement.

Qu’est-ce que la Journée européenne des langues change pour le FLE ?

Elle offre une fenêtre de visibilité, chaque 26 septembre, pour rappeler l’importance du plurilinguisme. Mais elle ne remplace pas le travail de structuration de l’offre francophone face aux plateformes mondiales.

Liens utiles :

OIF — Lancement du rapport « La langue française dans le monde 2026 »
Éduscol — La Journée européenne des langues (26 septembre)

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